Le château et son histoire

 

Du 14ème siècle au 17ème siècle, les terres de Looze ont appartenu en partie ou en totalité à divers seigneurs qui n’y résidaient pas : Guiot de Looze, d’origine inconnue mais qui prit le nom de l’un de ses fiefs, était premier écuyer de cuisine de Philippe VI de Valois. Souvent cité dans les actes entre 1330 et 1348 pour les nombreuses dotations qu’il reçut du Roi de France, il devint seigneur de Flogny dans l’Aube, où il résidait (château détruit au 19ème siècle) ; sa lignée s’éteint vers 1499 avec la disparition d’Ithier de Looze.

Jehan de Mailly, qui tenait son fief de Looze vers 1389 de Jean de Noyers, seigneur de Joigny, est également cité dans l’ouvrage de Davier, 1723, comme seigneur de Looze en 1415. Jacques de Mailly, seigneur de Mailly-le-Château, lui succède.

Vers 1447, la seigneurie de Looze passe par achat dans la puissante famille des Lespinasse-Langeac, seigneur d’Esnon, de Brion et d’autres lieux, avant d’échoir par achat ou mariage, à la puissante famille de parlementaires, les Piedefer, seigneur de Champlost.

La seigneurie de Looze est ensuite vendue le 29 mai 1628 par François Piedefer de Champlost à Pierre de Hannicques de Benjamin, seigneur de Cheny, Bonnard, Bordes, Bazarnes et La Malmaison, 1er Écuyer de Gaston, frère du Roi Louis XIII, duc d'Orléans (cf. Manuscrits concernant le village de Brion de S.Laloire, curé de Brion, 1926).

La famille de Hannicques serait originaire du Nord-Pas-de-Calais où l’on retrouve un Jehan Hanique, bailli de l’avouerie de Therouanne en 1398, qui porte les mêmes armes que Pierre de Hannicques au 17ème siècle.

Le château de Looze, fut construit vers 1640 par Roger de Hanniques, fils de Pierre de Hanniques de Benjamin, Écuyer à l’Écurie du Roi Louis XIII. Roger de Hannicques, comme son père, tenait une Académie équestre a Paris, et a dansé, sous le nom de « Monsieur de Looze » aux fêtes de la Félicité et de la Prospérité du Royaume offertes par le Cardinal de Richelieu en 1639 et 1641 à l’occasion de la naissance du futur Louis XIV en 1638.
Pierre et Roger de Hannicques sont représentés sur des gravures illustrant l’ouvrage du célèbre écuyer Antoine de Pluvinel (Instruction du Roy en l’exercice de monter à cheval, 1623).

En 1651, Roger de Hannicques, célibataire, fit donation en conservant l’usufruit du château de Looze sans les terres à son neveu Roger, fils d’un deuxième mariage de Charles de Hanniques, fils aîné de Pierre de Hannicques de Benjamin, devenu seigneur de Cheny à la mort de ce dernier en 1643, et des terres de Looze à ce même frère Charles.

Charles de Hannicques mourût en 1652 ; son fils Roger II de Hannicques, porte Enseigne, fût probablement tué au siège de Maastricht en 1673 dans sa minorité et n’a jamais habité Looze. Roger de Hannicques resta donc propriétaire de Looze jusqu’à sa mort en 1679, ses donations devenant sans objet.

La construction du château aurait coûté plus de 100 000 livres tournois en 1640, l’équivalent de 1,5 millions d’Euros en 2002 (d’après Frédéric Tiberghien « Versailles, le chantier de Louis XIV », Perrin, 2002).
C’est donc finalement Marie de Hannicques, fille du premier mariage de Charles, frère de Roger de Hannicques, qui hérita non sans peine du château et des terres de Looze en 1679.
Elle avait épousé entre temps, le 6 avril 1655, Edme de Chassy, baron de Doys en Berry, seigneur de Saint Hilaire de Gondilly et d’autres lieux, auquel elle apporta les seigneuries de Looze, Brion, Bussy en partie.
« La maison de Chassy a eu, pendant près de 500 ans, une belle existence, qu'elle a due moins à sa position de fortune qu'aux emplois distingués que ses auteurs ont remplis à la cour et dans les armées. »

Alexandre de Chassy, fils d’Edme de Chassy et Marie de Hannicques de Benjamin, fut le premier et le seul marquis de Looze, portant le titre de son mariage en 1683 à sa mort en 1717 (marquisat non authentifié a ce jour). Son épouse, Claude-Madeleine Le Fort de Villemandeur, était issue d’une très ancienne et puissante famille de l’Orléanais.
Le titre de marquis fut ensuite porté par divers seigneurs de Looze, soit qu’il vienne d’une autre terre, soit en tant que titre de courtoisie.
Looze revint par partage à leur fille Claude de Chassy en 1718 qui apporta terres et château à messire Guy de Bosredon, marquis de Vatanges en 1719. Elle fut connue sous le nom de Dame de Looze car elle y vécut jusqu'à sa mort en 1763, bien après le décès de son mari.

C’est le 26 mars 1736 que la seigneurie de Looze entra dans la famille Tulles de Villefranche par le mariage de Marie-Liée de Bosredon de Vatanges avec Jean-Baptiste Hyacinthe de Tulles, comte de Villefranche.
« Originaire de Naples, cette famille d'ancienne Chevalerie, établie dans le département du Vaucluse (Comtat Venaissin), a tenu en Avignon depuis 1400 un rang considérable dans les milieux de la Justice, de l'Administration, de la Politique et de la Diplomatie. »

De 1743 à 1760 environ, le château de Looze connut des transformations importantes sous la direction d’un architecte célèbre, François II Franque, membre de l’Académie Royale d’Architecture, inspecteur des Invalides et déjà auteur du château de la Nerthe, près d’Avignon, propriété des Villefranche. Notamment, l’escalier d’honneur a été reconstruit avec sa rampe en fer forgé, le perron, de nombreux aménagements intérieurs et la chapelle bénie en 1756. Les travaux furent malheureusement interrompus par la mort prématurée du seigneur des lieux, Jean-Baptiste Hyacinthe, à l’âge de 40 ans en 1760. En 1765, le mariage de sa fille Jacqueline de Villefranche avec messire Pierre de Guillon a lieu dans la chapelle domestique du château.

Le seigneur de Looze payait architecte et entrepreneurs avec du "Château de La Nerthe", vin célèbre d’appellation Châteauneuf du Pape, qui transitait par Looze avant de prendre le coche d’eau de Joigny à Paris. Cette activité commerciale vinicole s’ajoutait à la culture de vignes sur Looze et nécessitait de grands volumes de caves voûtées. De nombreux emplois accompagnaient ces activités autour du vin, notamment celui de tonneliers dont les « tags » décorent toujours les caves du château.

En 1847, après l’incendie meurtrier qui ravagea la quasi totalité du village, le seigneur de Looze, Joseph Guy Louis Hercule de Villefranche, pair de France, baron héréditaire avec majorat, député de l’Yonne et maire de Looze, fit don de 300 peupliers et 5 000 francs à la commune pour la reconstruction des maisons d’habitation. Il meurt le 21 novembre de la même année en bienfaiteur, dernier seigneur ayant résidé à Looze, né et mort au château.

Ses nombreux descendants restèrent propriétaires en indivision du Château jusqu'en 1893, époque à laquelle le domaine fut vendu à Messieurs Bernheim frères, marchands de biens à Paris pour la somme de quatre vingt dix mille francs (Pour vous permettre d'évaluer cette valeur, sachez que le salaire annuel du cantonnier de la commune était à l'époque de 180 francs. La somme de 90 000 francs représente donc un salaire pendant 500 ans).

Ces derniers organisèrent une vente aux enchères le mardi 20 février 1894, Salle du café de Looze, exploité à cette époque par Florentin Hureau. La propriété fut morcelée et vendue à six ou sept personnes différentes, ce qui signa la fin de ce domaine.

Notre histoire
Le château au milieu du 19ème siècle

 

Notre histoire
Façades Nord et Est en 1906

 

Notre histoire
Gravure de Roger De Hanniques

 

Notre histoire
Le château en 1924

 

Notre histoire
Façade Sud aujourd'hui

 

Notre histoire
Façade Ouest aujourd'hui

 

Notre histoire
Notre histoire
"Tags" dans les caves du château

 

Notre histoire
La chapelle

 

Notre histoire
La façade Nord actuellement

 Le grand verger (10 000 m²), est acheté par Octave Huré. Ce terrain que vous connaissez bien est aujourd'hui propriété communale suite au legs fait à la commune par Suzanne Créneau, la petite fille d'Octave Huré. C'est sur ce terrain que se trouvent la mairie et la salle polyvalente.

La commune de Looze acheta l'avenue du château et la mare, d'une superficie de 30 ares 50 (aujourd'hui la rue du Château, l'allée des Tilleuls et la place de l'Eglise).

Ensuite, le château fut la propriété du Commandant Renard, Chef d'escadron au 1er Dragons de Joigny, en retraite à Looze vers 1900. La famille Renard habita le château jusqu'aux années 1925.

Puis, le château fut la propriété de Mme Vedrenne qui avec M. Lecardez exploiteront un débit de boissons et occasionnellement, la restauration pour mariages et banquets. Mme Vedrenne était une excellente cuisinière.

En 1959, le château, dont l'état était plus qu’alarmant, fut acquis par Monsieur Henri Becq.  Bien que demeurant principalement à Paris, Monsieur Becq, architecte de son métier, s'est beaucoup investi dans le sauvetage, toujours en cours de ce superbe édifice (restauration de la tour, des toitures et des corniches). C'est sous son impulsion, que certains éléments du château (les façades et toitures, ainsi que la chapelle en totalité) ont été inscrits à l'inventaire des Monuments Historiques, le 6 mars 1963.

Aujourd'hui, son fils Denis Becq a repris le flambeau et poursuit de nombreuses restaurations, notamment la chapelle en 2013 qui a été l’occasion de faire intervenir Eric Bourgoin, artisan ébéniste du village, ancien élève de l’Ecole Boulle, pour la restitution d’un retable et d’un tabernacle de style classique et la fabrication de banquettes.

Les travaux de restauration de la chapelle domestique du château, subventionnés en partie par la DRAC de la région Bourgogne, ont été en outre récompensés en 2015 par l’obtention du prix VMF « chapelle », pour la qualité de leur réalisation, exécutée par l’entreprise Moresk de Joigny.

En 2014, outre certaines restaurations à l’intérieur du château, la restauration du parc selon les anciens plans a été entreprise et demandera plusieurs années d’efforts pour retrouver ses formes d’origine. Par arrêté du 7 avril 2014 de la Préfecture de Région Bourgogne, l’inscription du château de Looze aux Monuments Historiques a été étendue au « domaine de Looze », comprenant non seulement le château et la chapelle en totalité mais aussi la plupart des bâtiments formant les anciens communs et dépendances, ainsi que les jardin et parc. Cette extension a été justifiée par les qualités architecturales des bâtiments, œuvre en partie de l’architecte François II Franque (1710-1793), de son homogénéité relative, de la qualité de ses décors et de l’importante documentation qui s’y rapporte.

En 2016, ont été réalisés selon les recommandations de la DRAC de Dijon, des travaux de restauration de la terrasse Sud, notamment les éléments de balustrade et le perron d’accès ; ce sont l’entreprise AVD Restauration et le tailleur de pierres Nicolas Bonnet qui les ont exécutés. Ces travaux seront suivis par la restauration du perron d’honneur à double révolution...

Merci à M. Denis Becq pour les précisions apportées dans la réalisation de cet article.

 

 Haut de page