L'histoire du tacot

Voici l’étrange histoire d’une ligne de chemin de fer qui faillit passer à Looze…

Remontons à la fin 19ème siècle où le progrès fit un énorme pas en avant : le fer remplaça le bois et la locomotive le cheval. Le train naissait et ce fut une formidable explosion. Des compagnies se créèrent pour construire et exploiter les voies ferrées. Sur ces trajets, les petites localités traversées bénéficiaient de la manne qu’était le chemin de fer. Ainsi, dans le département de l’Yonne, les chemins de fer départementaux se développèrent avec la réalisation de 4 lignes :

Train 

- La ligne du Serein de Laroche à l’Isle-sur-Serein en 1887,
- Peu de temps après, la ligne du Gatinais de Sens à Egreville,
- Le réseau Jovinien avec une liaison Joigny-Toucy et Joigny-Auxerre,
- Enfin, le réseau au nord de Sens reliant Sens à Nogent sur Seine.

D’autres lignes furent projetées et même mises en chantier. Ce fut le cas de la ligne de la Forêt d’Othe, raccordant Joigny à Villeneuve l’Archevêque qui devait desservir notre commune de Looze. En effet, le 30 mars 1910, le Conseil Général déclarait d’utilité publique la construction du 2ème réseau des chemins de fer comprenant en particulier la liaison Joigny-Villeneuve l’Archevêque avec un raccordement de Laroche à Brion. Cette ligne devait assurer le développement agricole et forestier de la région d’Othe.
A cette époque, il y avait en effet une activité soutenue dans l’exploitation du bois et la production de briques et tuiles. L’agriculture participait également à cet essor avec la production de pommes à cidre et l’élevage de moutons.

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Le tracé retenu pour la liaison Joigny-Brion

Le tracé retenu débutait à la gare de Joigny, rejoignait le rond-point de la Résistance, empruntait l’avenue Gambetta, le pont sur l’Yonne (élargi pour cette raison) puis tournait à droite par le Quai Ragobert, et l’avenue Roger Varrey pour ensuite quitter la ville en suivant la route de Migennes. Elle obliquait ensuite vers le Nord en passant près du hameau de « La Perrière » pour prendre la direction de Looze, Brion, Bussy en Othe, …, avec un terminus à Villeneuve l’Archevêque.

Economiquement rentable, ce tracé, long de 54 kms comportait 55 passages à niveau, quelques stations-gares ouvertes au service voyageurs et marchandises et, plusieurs arrêts pour voyageurs uniquement, notamment dans les hameaux de la Forêt d’Othe.

Gare
Exemple de gare construite à l’époque pour une ligne départementale


Concernant notre commune, venant de Joigny par La Perrière, le tracé traversait  les routes départementales 47 et 183 à 100 m du carrefour dit des « 4 routes ». Une station-gare devait se situer sur la gauche (en venant de Looze) à 200 mètres du carrefour. Le tracé franchissait ensuite le ru du Baignon en faisant une courbe, traversait les champs par une diagonale pour se diriger vers Brion en retraversant la RD 47 après le virage à l’emplacement du chemin actuel.
Ce tracé, en partie existant vers 1965, disparut avec le remembrement. Toutefois, les randonneurs peuvent encore aujourd’hui le situer par endroit.

Après un accord et une participation du Conseil Municipal à la hauteur de 7000 francs, les travaux débutèrent en 1912 pour être interrompus par la guerre de 1914.

En avril 1917, un rapport signalait aux autorités gouvernementales que 13 kms de voie pouvaient être posées entre Joigny et Bussy en Othe afin d’assurer une exploitation plus active de la forêt.
Le gouvernement parut dans un 1er temps s’intéresser à cette possibilité mais, le 17 février 1918, une dépêche ministérielle stoppa net le projet : la construction ne pouvait être en effet envisagée à l’heure actuelle, la ligne ne présentant pas d’intérêt pour la défense nationale.

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Le passage du Tacot

En 1932, le Conseil Général de l’Yonne procédait au déclassement de cette ligne en pays d’Othe, considérant que les populations desservies avaient maintenant des moyens de communication avec l’autobus. Ainsi, Looze ne connut jamais son petit train, appelé à cette époque « Le Tacot ».

Pour information, le Tacot du Serein subit le même sort en 1951 après 64 années de bons et loyaux services. Mais, peut-être la disparition annoncée du pétrole au cours de notre siècle changera t’elle le paysage du transport dans notre région ?

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